
Hommage à une géante de la cause palestinienne
Figure majeure de la diplomatie palestinienne, militante infatigable, intellectuelle libre et voix indomptable, Leïla Shahid (1949–2026) a consacré sa vie à la justice, à la dignité et à la liberté de son peuple. De Beyrouth à Paris, des camps de réfugié es aux tribunes internationales, elle n’a jamais cessé de témoigner, d’alerter et de dénoncer l’injustice. Combattante lucide, profondément humaine, elle alliait courage politique, finesse d’analyse et chaleur inoubliable.
Son héritage est immense : celui d’une vie dédiée à la Palestine, à la vérité, et à l’espoir indestructible d’un peuple qui refuse de disparaître. Que sa mémoire soit une force pour toutes celles et ceux qui poursuivent le combat pour la liberté.
الله يرحمها
Une vie d’engagement né dans la lutte
Née en 1949 à Beyrouth dans une famille profondément engagée pour la cause palestinienne, Leïla Shahid s’engage dès 1967, pendant la Guerre des Six Jours, alors qu’elle passe son baccalauréat. Issue d’une lignée de militant es, elle porte en elle l’héritage de la résistance : son cousin Yasser Arafat, son grand cousin parmi les premiers Fedayin, son grand-père maire et député de Jérusalem, ou encore son grand-oncle ayant créé une ferme en Cisjordanie pour accueillir les paysan nes exilé es.
La défaite des armées arabes contre Israël en 1967 la pousse à s’impliquer davantage, notamment dans les camps palestiniens du Sud-Liban. En 1968, elle entame des études de sociologie et d’anthropologie à l’Université américaine de Beyrouth, bastion de la contestation politique palestinienne.
Diplomatie et résistance : un combat sans relâche
Son arrivée à Paris en 1974 pour sa thèse en anthropologie marque un tournant. Elle y rencontre Ezzedine Kalak, futur représentant de l’OLP en France, qui l’encourage à prendre la tête de l’Union des étudiant es palestinien nes en France en 1976. En 1982, aux côtés de Jean Genet, elle est témoin des massacres de Sabra et Chatila, perpétrés par des milices phalangistes libanaises avec l’aval tacite de l’armée israélienne. Cette expérience marque profondément son engagement.
Elle occupe ensuite plusieurs postes de représentation de l’OLP, puis devient déléguée générale de l’Autorité palestinienne en France (1994–2005), puis auprès de l’Union européenne, de la Belgique et du Luxembourg. En 2015, elle se retire de la diplomatie, désillusionnée par l’échec des instances internationales à garantir la justice pour son peuple.
« Si j’ai pris ma retraite, c’est que j’ai pensé qu’il n’y avait plus de diplomatie, il y a une imposture. On a utilisé le “processus de paix” comme couverture d’un processus de colonisation, pour plus de destructions, plus d’emprisonnements, plus de pillages des ressources. Aujourd’hui, avec le mur et la colonisation qui a suivi Oslo, il n’y a presque plus de place pour un État palestinien. Il y a des bantoustans. Or nous ne sommes pas battus pendant 70 ans pour des bantoustans ! » Leïla Shahid, septembre 2022
Une combattante lucide et sans compromis
Leïla Shahid était une personnalité respectée et influente, saluée pour sa contribution à la reconnaissance internationale de la Palestine. Pourtant, elle n’a jamais été une diplomate “molle”. Comme le rappelle Karim Kattan dans Libération : « Elle était nuancée, mais n’était pas molle. Elle savait écouter et parler, négocier, comprendre l’autre, avait l’intelligence et la rigueur. Elle était séductrice, maligne, incroyablement drôle. »
Son dernier combat fut celui contre l’oubli et l’injustice. En octobre 2024, elle exprimait sa dévastation face à la guerre génocidaire et à la trahison des médias et politiques français, qu’elle avait pourtant tant aimés. « Toute sa carrière lui semblait n’avoir servi à rien », écrivait-elle.
Pour aller plus loin : écouter sa voix
Pour celles et ceux qui souhaitent approfondir son parcours et ses idées, plusieurs ressources sont disponibles :
- Podcast : « Palestine : y a-t-il encore un espoir de paix ? » (Comprendre le monde, S1 ) avec Leïla Shahid
- Podcast : « Leïla Shahid, toute une vie Palestine » (Là-bas si j’y suis)
- Film : « Mémoire de Palestine » de Serge Le Péron
- Film : « Leïla Shahid, l’espoir en exil » de Michele Colleryd